Ce petit pays européen enclavé est une exception à la règle de l’État-nation. Il s’agit d’un spécimen rare et raffiné, né de sa constitution de 1874 et mis à l’épreuve par deux guerres mondiales (au cours desquelles il est resté fidèle à sa neutralité). Malgré la présence écrasante d’institutions mondiales et ses initiatives en faveur d’une plus grande coopération internationale, elle conserve ses particularités provinciales uniques.


Clans et châteaux : les racines de la Suisse

L’histoire moderne du pays commence en 1291, mais les milliers d’années qui ont précédé sa naissance ont également été importantes : c’est la période qui a donné à la nation ses plus beaux châteaux et schlösser (châteaux forts).

Les premiers habitants étaient des tribus celtes, comme les Helvètes du Jura et de la plaine du Mittelland ou les Grisons. Les Romains ont été les premiers à les envahir et, sous Jules César, en 58 avant J.-C., ils ont fait d’Aventicum (aujourd’hui Avenches) la capitale de l’Helvétie (Suisse romaine). Les plus grandes ruines romaines de Suisse se trouvent à Augusta Raurica. En 400 après J.-C., les tribus germaniques des Germains ou Alamans arrivent, chassent les Romains et s’installent en Suisse orientale.

Plus tard, les Burgondes, une autre tribu germanique, se sont installés dans la partie occidentale du pays. Ces derniers ont adopté le christianisme et la langue latine et ont semé les graines de la division entre francophones et germanophones. Les Francs ont vaincu les deux tribus au 6e siècle, mais les deux régions se sont à nouveau fragmentées avec la division de l’Empire de Charlemagne en 870.

Lorsqu’elle a été réunie au Saint-Empire romain germanique en 1032, la Suisse a d’abord bénéficié d’une grande autonomie. Les nobles locaux les plus influents de l’époque étaient les Zähringen, fondateurs de Fribourg, Berne et Morat, qui ont construit un château avec de hautes tours et des tourelles rouges à Thoune (Oberland bernois), et les Savoie, qui ont construit une série de châteaux autour du lac Léman, dont le château de Morges et l’imposant château de Chillon (près de Montreux).

Lorsque Rodolphe Ier de Habsbourg est couronné empereur du Saint Empire romain germanique en 1273, il envoie des baillis aux mains lourdes pour collecter davantage d’impôts et serrer la vis à l’administration. Le ressentiment des Suisses s’est rapidement accru.


La Confédération helvétique : la Suisse moderne

Après la mort de Rudolf Ier en 1291, les dirigeants locaux se sont battus pour leur indépendance. Le 1er août de cette année-là, les communautés forestières d’Uri, de Schwyz et de Nidwald se sont réunies – selon la légende – dans la prairie du Rütli (canton de Schwyz, Suisse centrale) et ont signé une alliance dans laquelle elles s’engageaient à ne reconnaître aucun juge ou loi extérieur. Les historiens disent qu’il s’agit d’une version quelque peu déformée, mais le fait est qu’un pacte existe bel et bien, et qu’il est exposé au Bundesbriefmuseum. Le pacte est considéré comme l’acte fondateur de la Confédération suisse, dont les initiales sont conservées dans l’abréviation « CH » (utilisée, par exemple, sur les plaques d’immatriculation des voitures et dans le domaine de l’internet).

En 1315, le duc Léopold Ier d’Autriche envoie une puissante armée pour réprimer la montée du nationalisme suisse, mais ses troupes subissent une défaite épique à Morgarten, ce qui encourage d’autres communautés à rejoindre l’union suisse. Les 200 années suivantes de l’histoire de la Suisse ont été une succession de victoires militaires, de prises de terres et de nouveaux membres. Les cantons de Lucerne (1332), de Zurich (1351), de Glaris et de Zoug (1352), de Berne (1353), de Fribourg et de Soleure (1481), de Bâle et de Schaffhouse (1501) et d’Appenzell (1513) ont adhéré. La Confédération helvétique a obtenu son indépendance vis-à-vis de l’empereur romain germanique Maximilien Ier après la victoire de Dornach en 1499.
La Suisse veut être neutre

La neutralité suisse est née de la défaite écrasante des Suisses, qui avaient réussi à atteindre Milan, par une armée de Français et de Vénitiens à Marignano, à 16 km au sud-est de Milan, en 1515. Après une bataille sanglante, les Suisses abandonnent leur rêve expansionniste, se retirent de la scène internationale et se déclarent neutres pour la première fois. Au cours des siècles qui ont suivi, l’esprit guerrier du pays a été canalisé vers l’activité mercenaire, une tradition qui se perpétue dans la Garde suisse qui protège le pape au Vatican.

Lorsque la guerre de Trente Ans (1618-1648) éclate, la diversité de la Suisse est à l’origine de sa neutralité. La Réforme protestante, menée par des prédicateurs tels que Ulrich Zwingli (H. Zwingli) et Jean Calvin (Jean Calvin), avait fait quelques progrès à Zurich et à Genève, tandis que la Suisse centrale (Zentralschweiz) restait catholique. La division interne est telle que, incapables de se mettre d’accord sur le camp à soutenir lors de la guerre de Trente Ans, ils restent neutres.

Les Français ont envahi la Suisse en 1798 et ont instauré l’éphémère République helvétique, mais ils ont été aussi mal accueillis que les Autrichiens avant eux, et des conflits internes ont contraint Napoléon (qui commandait alors la France) à rétablir la Confédération des cantons en 1803, lorsque l’Argovie, Saint-Gall, les Grisons, le Tessin, la Thurgovie et Vaud ont été incorporés.

La neutralité suisse telle qu’on la connaît aujourd’hui a été officiellement déclarée dans le traité de paix signé à Vienne en 1815, qui garantissait pour la première fois l’indépendance et la neutralité de la Suisse après la défaite de Napoléon face aux Britanniques et aux Prussiens à Waterloo. Les cantons du Valais, de Genève et de Neuchâtel ont également été incorporés.

La seule participation de la Suisse à la Première Guerre mondiale a été l’organisation d’unités de la Croix-Rouge. Après la guerre, la Suisse adhère à la Société des Nations, mais uniquement pour les questions financières et économiques (ce qui inclut l’installation de son siège à Genève), et non pour les questions militaires.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le pays est resté neutre et a subi peu de dommages, à l’exception de Schaffhouse, que les pilotes alliés ont pris pour une ville allemande et dont ils ont bombardé la périphérie à deux reprises en avril 1944. En fait, l’événement le plus important de la guerre pour les Suisses a été lorsque Henri Guisan, général de l’armée des civils, a invité des officiers de haut rang au pré du Rütli (site du pacte d’alliance de 1291) pour montrer au monde entier à quel point les Suisses étaient déterminés à défendre leur territoire.
Une voix pour les cantons : la constitution

La guerre civile éclate en 1847. L’armée protestante, dirigée par le général Dufour, écrase rapidement le Sonderbund (Ligue spéciale) des cantons catholiques, dont Lucerne. Le conflit ne dure que 26 jours et le chancelier allemand Otto von Bismarck le qualifiera plus tard de simple Hasanschiessen (chasse au lièvre). Mais pour les citoyens pacifiques, le bouleversement et l’agitation ont suffi à cimenter rapidement la victoire des forces de Dufour avec la création d’une nouvelle constitution fédérale. La capitale a été établie à Berne.

La Constitution de 1848, qui est encore largement en vigueur, est un compromis entre les partisans d’un contrôle centralisé et les forces conservatrices, qui veulent maintenir l’autorité cantonale. Les cantons ont fini par céder au gouvernement fédéral leurs pouvoirs d’émettre des billets de banque, de gérer le service postal et de percevoir des droits de douane. Toutefois, ils ont conservé un contrôle législatif et exécutif sur les affaires locales. En outre, la nouvelle Assemblée fédérale a été constituée pour permettre aux cantons de s’exprimer. La chambre basse nationale, le Nationalrat, compte 200 membres, élus parmi les 26 cantons au prorata de leur population. La chambre haute, le Ständerat, compte 46 membres, 2 par canton.

L’opposition à la corruption politique a déclenché un mouvement en faveur d’une plus grande démocratie. La constitution a été révisée en 1874 de sorte que de nombreuses lois fédérales devaient être approuvées par référendum national, une question pour laquelle la Suisse est encore célèbre aujourd’hui. Une pétition de 50 000 signatures peut mettre en péril une proposition de loi ; 100 000 signatures peuvent forcer un vote public sur toute nouvelle question.


Connu pour son secret : le système bancaire suisse

Le secret bancaire, qui remonte au Moyen Âge, a été consacré par une loi de 1934 qui autorisait les comptes bancaires numérotés (plutôt que nominatifs). Depuis lors, le secteur bancaire n’a cessé de prospérer, grâce notamment à la stabilité enviable garantie par la neutralité. Lorsque la Banque des règlements internationaux (BRI, l’organisation qui facilite la coopération entre les banques centrales) a choisi Bâle comme base de ses opérations en 1930, c’était pour une bonne raison : la neutralité.

À la fin des années 1990, plusieurs scandales ont été révélés, obligeant à réformer le secteur bancaire très secret, né de la création d’un groupement de banques commerciales au milieu du XIXe siècle. En 1995, après la pression exercée par des groupes juifs, les banques suisses ont annoncé qu’elles avaient découvert des millions de dollars dans des comptes dormants ouverts avant 1945 et appartenant à des victimes et des survivants de l’Holocauste. Après trois ans, accusées d’avoir conservé l’argent sans faire beaucoup d’efforts pour retrouver ses propriétaires, les deux plus grandes banques suisses, UBS et Credit Suisse, ont accepté de verser 1,25 milliard de dollars de compensation aux survivants de l’Holocauste et à leurs familles.

La Suisse est l’endroit préféré des riches pour déposer leurs fortunes dans des banques privées, d’où l’immense pression exercée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres pays à forte fiscalité depuis 2009 pour qu’elle modifie sa loi bancaire de 1934, qui protège les titulaires de comptes accusés d’évasion fiscale dans leur pays d’origine.

Les Suisses ont accepté et le secteur critique a déclaré triomphant le glas du secret bancaire suisse. Au milieu de la liesse, Wegelin, la plus ancienne banque de Suisse, a fermé ses portes en 2013 après avoir plaidé coupable aux États-Unis de conseils en matière d’évasion fiscale. La même année, la Suisse et les États-Unis ont signé une déclaration commune permettant aux banques suisses de coopérer volontairement avec les autorités américaines en matière d’évasion fiscale. En 2014, la deuxième plus grande banque suisse, Credit Suisse, a plaidé coupable pour le crime de conspiration d’aide à l’évasion fiscale pendant des années. La banque a accepté de payer une pénalité de 2,6 milliards de dollars.

L’ère des comptes bancaires suisses secrets touche à sa fin : la nouvelle législation qui entrera en vigueur en 2018 garantit que les données bancaires seront partagées avec les autorités fiscales d’autres pays, selon des critères de transparence internationaux.
Neutre à jamais : une nation à part

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse a connu une période ininterrompue de stabilité économique, sociale et politique grâce à sa neutralité, qui lui a permis de s’appuyer sur une base commerciale, financière et industrielle déjà solide, alors que le reste de l’Europe se remettait encore de la guerre. Zurich est devenu un centre international de banque et d’assurance, et l’Organisation mondiale de la santé et d’autres organismes internationaux ont établi leur siège à Genève. Pour préserver sa chère neutralité, elle a choisi de rester à l’écart de l’ONU (bien que Genève abrite depuis ses origines son deuxième siège le plus important après celui de New York) et, plus récemment, de l’Union européenne.

La victoire de la droite conservatrice aux élections parlementaires de 2003 a contribué à renforcer la position de la Suisse en tant que nation à part. En 2006, l’Union démocratique du centre (UDC), hostile à l’Union européenne et à l’immigration, a demandé un durcissement des lois sur l’immigration et l’asile. Ces mesures ont été adoptées à une majorité écrasante lors d’un référendum national. Il a ensuite parié sur l’interdiction de la construction de minarets publics pour les appels à la prière des musulmans, et bien que l’idée ait suscité des protestations internationales, elle a été adoptée après que 57,7 % des électeurs ont soutenu l’interdiction lors d’un référendum national. Pendant la campagne, l’UDC a imprimé des affiches montrant trois moutons blancs chassant un mouton noir de la croix blanche du drapeau suisse.

Malgré les politiques conservatrices de l’UDC, la Suisse a montré des signes d’ouverture sur le monde. Le pays est devenu le 190e membre de l’ONU en 2002 (le référendum organisé en 1986 avait donné une réponse négative) et trois ans plus tard, il a voté pour rejoindre la zone de libre circulation européenne, Schengen (et a achevé le processus à la fin de 2008). Lors d’un autre référendum la même année, il a remporté de justesse la légalisation des unions civiles entre couples de même sexe (mais pas du mariage), une autre défaite pour l’UDC.

Mais peu de gens s’attendent à ce que la Suisse rejoigne un jour l’UE ou la zone monétaire unique de l’euro. Traditionnellement, les cantons francophones étaient plus favorables à l’idée, tandis que les cantons germanophones (et le Tessin) avaient tendance à s’y opposer.


Les modes de vie suisses

Ce pays bien éduqué est travailleur, très organisé, ordonné, obéissant (a-t-on déjà vu un piéton suisse traverser la route à un feu rouge ?), prudent et très efficace. Ou peut-être pas tant que ça…
Le cas particulier de la Suisse

Les Suisses pensent qu’ils sont différents, et ils le sont. Les quatre langues parlées en Suisse (l’allemand, le français, l’italien et la langue rhéto-romane du canton des Grisons, avec ses nombreux dialectes compris uniquement par les habitants de chacune de ses vallées) entraînent une grande diversité de cultures et d’idiosyncrasies. Il est clair que le Sonderfall Schweiz (littéralement « cas particulier de la Suisse ») dans un pays présentant tant de différences ne correspond pas à un modèle unique.

D’un autre côté, les Suisses aiment innover : on trouve de tout chez eux, des traditions alpines anciennes et plutôt primitives comme la lutte et le lancer de pierres aux travailleurs de Google à Zurich qui descendent une barre de pompiers pour se rendre au bureau ; des bijoutiers genevois qui fabriquent des montres uniques à partir de poussière de lune ou de cendres du volcan islandais Eyjafjallajökull aux trentenaires à la mode qui portent des sacs fabriqués à partir de bâches de camion recyclées.

Ils possèdent également une détermination qui complète leur créativité, comme en témoignent leur dévouement infatigable au sport et l’esprit extraordinaire et indépendant avec lequel les agriculteurs suisses travaillent la terre pour assurer leur subsistance. L’aura de Sonderfall Schweiz ne brille peut-être pas autant qu’il y a quelques décennies, mais elle brille toujours en Suisse.
Qualité de la vie

On a de la chance de naître en Suisse, car le pays dispose de soins de santé universels, d’un enseignement de qualité et d’une économie solide (sans parler d’un fabuleux terrain de jeu fait de lacs et de montagnes). Une autorité telle que l’Economist Intelligence Unit a déclaré la Suisse meilleur pays du monde pour naître en 2013, sur la base de 11 indicateurs, dont la géographie, la sécurité de l’emploi et la stabilité politique. En outre, plusieurs villes suisses (telles que Zurich et Genève) figurent régulièrement sur les listes des « meilleures villes du monde ». Dans le rapport sur la qualité de vie réalisé par Mercer Consulting en 2017, les trois villes précitées apparaissaient respectivement en 2e et 8e position.

Pourtant, leur mode de vie n’est pas très différent de celui des autres Occidentaux, mais ils l’apprécient davantage. Leur petit pays, l’un des 10 plus riches du monde en termes de PIB par habitant, leur offre d’excellents services de santé, des transports publics efficaces et une sécurité totale. Le sport, une alimentation soignée et l’attention portée à l’environnement sont révélateurs de quelque chose de plus profond : le désir de profiter au maximum de la vie.

La vie suisse ne se résume pas à aller au chalet le week-end et à dévaler les pistes de ski. Les régions rurales – en particulier Appenzellerland, Valais et Jura – ne sont pas motivées par le glamour et l’argent, mais par une culture traditionnelle. Les saisons sont marquées par des traditions et des rituels locaux séculaires, comme les fêtes des vendanges à l’automne ou la montée du bétail vers les alpages au printemps, paré de fleurs et de cloches.
Tourisme alpin

Les Suisses aiment les grands espaces, qui constituent également une attraction touristique majeure. C’est également une attraction touristique majeure. Au XIXe siècle, l’âge d’or de l’alpinisme, les sommets alpins captivaient les grimpeurs britanniques. Alfred Wills a fait la première ascension du Wetterhorn (3692 m) sur les hauteurs de Grindelwald en 1854, suivie d’une vague d’ascensions d’autres sommets, comme la célèbre expédition d’Edward Whymper au Cervin en 1865. Cette activité pionnière dans les Alpes suisses a conduit à la fondation du premier club d’alpinisme au monde, l’Alpine Club, à Londres en 1857, suivi par le Club alpin suisse en 1863.

Avec la construction de la première cabane de montagne à Tödi (3614 m) la même année et l’émergence de St Moritz et de son séduisant « climat de champagne » un an plus tard comme station d’hiver à la mode pour l’aristocratie européenne, le tourisme d’hiver est né. Des hôtels, des chemins de fer et des téléphériques ont été construits et, lorsque les deuxièmes Jeux olympiques d’hiver ont été organisés à Saint-Moritz en 1928, la Suisse était la destination de rêve de tous pour des vacances à la neige. Un an plus tard, la première école de ski de Suisse a ouvert ses portes à Saint-Moritz.

Près d’un siècle plus tard, le Comité olympique suisse a soutenu la candidature de Sion aux Jeux olympiques d’hiver de 2026.
Réinventer la roue : les sports rares

Parmi les sports autochtones de la Suisse figure le Hornussen, un jeu d’origine médiévale impliquant deux équipes de 16 à 18 personnes. Une équipe lance un Hornuss (ballon, littéralement « frelon ») de 78 g sur le terrain, tandis que l’autre essaie de l’empêcher de toucher le sol avec un Schindel, une pelle de 4 kg qui ressemble à un panneau routier. Pour donner une touche encore plus particulière, le lanceur se tient debout sur une rampe en acier, tenant une sorte de fouet flexible, au bout duquel se trouve le Hornuss, et tourne sur lui-même. L’autre équipe arrête le ballon (à 85 m/s) ou le lance en l’air avec le Schindel.

Schwingen est la version suisse du sumo. Deux lutteurs vêtus de pantalons en toile de jute s’affrontent dans un cercle de sciure de bois. En utilisant une combinaison compliquée de saisies (y compris à l’entrejambe), de tractions, de feintes et d’autres manœuvres, les lutteurs tentent de mettre leurs adversaires sur le dos. On peut les voir lors des foires de montagne et des festivals alpins, notamment lors de la spectaculaire Unspunnenfest (www.unspunnenfest.ch), qui se tient tous les 12 ans à Interlaken (dernièrement de fin août à début septembre 2017).
E=mc², WWW et LSD : les scientifiques suisses

En effet, ils comptent plus de brevets déposés et de prix Nobel (notamment dans les disciplines scientifiques) par habitant que tout autre pays.

Albert Einstein a développé sa théorie de la relativité alors qu’il travaillait à Berne (entre 1903 et 1905). Né en Allemagne, il a étudié à Aarau, puis à Zurich, où il a suivi une formation de professeur de physique et de mathématiques. Il a obtenu la nationalité suisse en 1901 et, faute de pouvoir trouver un poste d’enseignant, il a travaillé comme fonctionnaire de bas niveau à l’office des brevets de Berne. Il obtient son doctorat en 1905 et enseigne ensuite à Zurich. Il a vécu en Suisse jusqu’en 1914, date à laquelle il s’est installé à Berlin. Le musée Einstein-Haus de Berne raconte toute l’histoire.

Le jour de Noël 1990, l’internet est né à Genève, à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, plus connue sous le nom de CERN. L’inventeur génial de l’outil de partage de l’information mondiale est Tim Berners-Lee, un diplômé d’Oxford travaillant comme consultant en logiciels au CERN, qui a commencé par créer un programme permettant aux scientifiques du CERN de partager leurs expériences, leurs données et leurs résultats. Deux ans plus tard, il s’était remarquablement développé et était bien plus puissant que quiconque aurait pu l’imaginer. Le grand collisionneur de hadrons du CERN, où les scientifiques jouent à Dieu avec des expériences sur le Big Bang, est également remarquable, grand et puissant. Une visite guidée de l’installation est vivement recommandée.

Parmi les autres grands voyages scientifiques suisses, citons les recherches révolutionnaires sur les glaciers menées par de courageux scientifiques du XIXe siècle sur le glacier d’Aletsch, long de 23 km, dans le Haut-Valais, et le premier « voyage sous acide » (avec le LSD, diéthylamide de l’acide lysergique), que le chimiste Albert Hofmann a entrepris à son insu à Bâle en 1943.
Toujours innover : l’architecture

La contribution de la Suisse à l’architecture moderne est fondamentale grâce à Le Corbusier (1887-1965), qui est né dans un petit village du Jura : La Chaux-de-Fonds. Célèbre pour son économie radicale du design, son formalisme et son fonctionnalisme, Le Corbusier a travaillé principalement en France, mais il a doté son pays natal de ses premières et dernières créations.

Les architectes suisses ont continué à innover. À Bâle, les partenaires Jacques Herzog et Pierre de Meuron sont les plus prestigieux. Leurs œuvres comprennent le Tate Modern de Londres et le stade principal des Jeux olympiques de 2008 à Pékin. En Suisse, on peut admirer leur travail dans une galerie d’art à Bâle et, si tout va bien, dans la prochaine décennie, à Davos, sous la forme d’un crayon de 105 mètres de haut qui tournera au-dessus du légendaire hôtel Schatzalp, si le débat sur sa construction est un jour terminé.

L’autre grand architecte suisse est originaire du Tessin. Mario Botta est connu dans le monde entier pour avoir conçu le musée d’art moderne de San Francisco. Plus près de nous, sa Chiesa di San Giovanni Battista à Mogno (dans la vallée de la Maggia, au Tessin) et l’hôtel thermal de style cathédrale de Tschuggen Bergoase (à Arosa, dans les Grisons) sont des œuvres empreintes de sérénité, tandis que sa rénovation futuriste du château roman de Loèche (Haut-Valais) ne pourrait être plus excentrique. Sa dernière œuvre suisse est le Mineralbad & Spa Rigi Kaltbad (Mineralbad & Spa Rigi Kaltbad, 2012), qui offre une vue magnifique sur le lac des Quatre-Cantons depuis les hauteurs du mont Rigi, en Suisse centrale.

Parmi les autres points forts, citons la station thermale primée de Vals, conçue par le Bâlois Peter Zumthor, le musée Kirchner de Davos, réalisé par les Zurichois Annette Gigon et Mike Guyer, et un groupe d’hôtels à Zermatt conçu par l’architecte d’avant-garde Heinz Julen.

Les architectes suisses contemporains ne se limitent pas à l’environnement urbain. Ils s’intéressent de plus en plus aux refuges de montagne et à la manière de les moderniser sans altérer la nature, l’écologie et l’environnement. Parmi leurs constructions étonnantes, citons la Tschierva Hütte (2753 m) dans la vallée de l’Engadine, Chetzeron, une station de téléphérique en béton des années 1970 transformée en bar branché au pied des pistes de Crans-Montana, et, surtout, la visionnaire Monte Rosa Hütte (2883 m) sur le Mont Rose.
Heidi et compagnie : littérature

Grâce à un film de Shirley Temple dans les années 1930, le roman Heidi de Johanna Spyri est devenu l’œuvre la plus célèbre de la littérature suisse. L’histoire d’une orpheline qui vit avec son grand-père dans les Alpes suisses et qui est ensuite contrainte de vivre en ville, est ouvertement sentimentale et atypique de la littérature suisse, caractérisée par le sérieux et un certain pessimisme.

Hermann Hesse (1877-1962), né en Allemagne mais devenu citoyen suisse, est un exemple du ton général. Ce lauréat du prix Nobel a fusionné le mysticisme oriental avec la psychologie d’Ernst Jünger pour défendre la théorie selon laquelle la civilisation occidentale est condamnée si les êtres humains ne retrouvent pas leur propre humanité essentielle, comme il l’expose dans Siddhartha (1922) et Le Loup des steppes (1927). Dans des romans ultérieurs, comme Le jeu des perles (1943), il explore la tension entre la liberté individuelle et les contrôles de la société.

Ich bin nicht Stiller (Je ne suis pas Stiller ; 1954), du Zurichois Max Frisch (1911-1991), est une sombre histoire kafkaïenne d’erreurs d’identité. Plus accessible est Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), un romancier noir prolifique.

Henri le Vert (1854) de Gottfried Keller (1819-1900) est un récit sur les souvenirs d’un étudiant zurichois et est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature germanique.
De la pastorale à la pop : la musique

Le jodel et le cor des Alpes sont les expressions par excellence de la musique traditionnelle suisse. Le jodel est né dans les Alpes comme moyen de communication entre les montagnes, et a ensuite été divisé en deux disciplines. L’un d’entre eux, le Juchzin, consiste en de courts cris ayant des significations différentes, comme « pour dîner » ou « nous revenons ». Dans l’autre, le Naturjodel, une ou plusieurs voix chantent une mélodie sans paroles. Le jodel gagne du terrain dans les milieux urbains branchés, notamment grâce à des chanteuses folkloriques à succès comme Nadja Räss.

« Dr Schacher Seppli » est une chanson traditionnelle réinterprétée par le plus célèbre yodleur, agriculteur et fromager de Suisse, Rudolf Rymann (1933-2008). Il y a aussi Sonalp, un groupe de neuf musiciens de la région Gruyères/Château d’Œx, dont le mélange ethnique-folklorique vibrant de jodel, cloches de vache, scie musicale, violon classique et diyiridu est très contagieux.

Le cor des Alpes est le cor utilisé par les bergers pour rassembler le troupeau dans les montagnes. C’est un instrument à vent de 2 à 4 m de long, avec une base incurvée et une embouchure en forme de coupe. Plus elle est courte, plus elle est difficile à jouer. Si vous le pouvez, essayez de voir une symphonie de plus de cent cors sonnant en même temps sur la « scène » (généralement en plein air et toujours sur la rive d’un lac entre des montagnes). Les dates clés sont le festival Alphorn In Concert en septembre (www.alphorninconcert.ch), à Oesingen près de Soleure, et le Festival international de cor des Alpes en juillet (www.nendaz.ch), dans le cadre incomparable des rives alpines du lac de Tracouet, à Nendaz, à 13 km au sud de Sion (Valais) ; pour profiter pleinement de l’expérience alpine, il faut marcher ou prendre le téléphérique.

Ceux qui préfèrent la pop avec des touches de jazz et de folk aimeront la voix fragile de la Bernoise Sophie Hunger, qui chante en anglais, en allemand et en suisse allemand. Ses récents albums 1983 (2010) et The Danger of Light (2012) ont connu un grand succès. Les rythmes de Stress, l’artiste hip-hop le plus en vogue de Suisse, connu pour ses textes parfois politiques et controversés, sont beaucoup plus durs.
Peinture, sculpture et design

À l’exception du dadaïsme, la Suisse est sous-représentée en termes de mouvements artistiques. En ce qui concerne les « thèmes » suisses, Ferdinand Hodler (1853-1918) a peint des héros traditionnels comme Guillaume Tell et des événements historiques comme la première initiative populaire de la Suisse. Contrairement à nombre de ses compatriotes, Hodler n’a pas quitté le pays. Ses paysages colorés du lac Léman et des Alpes méritent d’être découverts dans les musées suisses.

L’artiste suisse le plus célèbre est le peintre abstrait et spécialiste des couleurs Paul Klee (1879-1940). Bien qu’il ait passé la majeure partie de sa vie en Allemagne, dont une partie à l’école du Bauhaus, la plus grande collection de ses œuvres est exposée au fascinant Zentrum Paul Klee de Berne. De même, le sculpteur Alberto Giacometti (1901-1966) est né dans les Grisons et a travaillé à Paris, mais nombre de ses figures stylisées caractéristiques (souvent debout ou en marche) sont visibles au Kunsthaus de Zurich. Les singulières sculptures métamécaniques de Jean Tinguely (1925-1991), qui vivait à Paris, sont regroupées à Bâle (où se trouve un musée consacré à son œuvre) et à Fribourg.

Les Suisses sont excellents en matière de conception graphique. Les « nouveaux graphismes » de Josef Müller-Brockmann (1914-1996) et Max Bill (1908-1994) sont encore très appréciés, tout comme le travail de Karl Gerstner (né en 1930) pour IBM et la typographie du studio Búro Destruct, reprise sur de nombreuses pochettes de disques.

Le design industriel et les installations artistiques comptent également de grandes figures. Pipilotti Rist (née en 1962) a créé le plus grand salon urbain d’Europe à Saint-Gall (nord-est de la Suisse) et la Cow Parade, les défilés de vaches en fibre de verre peintes grandeur nature qui ont parcouru le monde. Le premier troupeau de 800 vaches est passé par Zurich en 1998, et il y a encore des vaches dispersées dans le monde entier.
Cuisine suisse

Au pays de Heidi, les plats sont généreux. La cuisine suisse ne se résume pas au chocolat, au fromage et aux rösti suisses-allemands. Et ce n’est pas seulement l’excellence culinaire qui compte, mais aussi l’expérience exceptionnelle, comme manger du gibier et des viandes séchées en automne dans une ferme avec des vaches ruminantes et des vues magnifiques, ou savourer une fondue dans une forêt après avoir descendu une luge à travers les arbres à la lumière des étoiles, ou encore déguster une gaufre sucrée, fourrée de crème épaisse, dans un chalet de montagne entouré de quatre sommets. Ce sont les moments culinaires qui laissent un souvenir indélébile.

Si la tradition alpine donne à la cuisine suisse son âme et son endurance, la géographie y ajoute cette touche imprévue. Les citadins élégants se régalent de plats de pâtes, de boulettes de pâtes farcies, de strudels et de tapas. La cuisine suisse est riche et variée grâce au trio de cuisines voisines solides. Les chefs des cantons francophones puisent leur cuisine dans la France, les cuisines du Tessin s’inspirent de l’Italie et une grande partie du pays se tourne vers l’Allemagne et l’Autriche pour trouver des recettes. Le résultat est une cuisine innovante, profondément ancrée dans le terroir et les saisons, et agrémentée de fabuleux desserts.

La bière coule à flots en Suisse alémanique, mais ce sont les amateurs de vin qui se taillent la part du lion.
Plus que des trous : du fromage

Tout d’abord, tous les fromages suisses ne sont pas troués. L’emmental, le fromage à pâte dure de la vallée de l’Emme (à l’est de Berne), le fait, tout comme son cousin le tilsiter, de la même vallée. Mais la plupart des 450 types de fromages suisses (käse en allemand, fromage en français, formaggio en italien) n’ont pas de trous, par exemple le célèbre gruyère, qui est fabriqué dans la vallée de l’Emme, Le célèbre gruyère, fabriqué dans le village de Gruyères près de Fribourg, ou l’appenzeller aromatique, utilisé dans des plats tout aussi savoureux et parfumés dans le village du même nom dans le nord-est de la Suisse, ou encore le sbrinz, le plus ancien fromage à pâte dure de Suisse et l’ancêtre transalpin du parmesan italien, affiné pendant 24 mois pour lui donner son goût caractéristique : il se mange tel quel, en fines tranches semblables à des carpaccios ou râpé sur des asperges de printemps.

Un autre fromage typique qui n’a pas un seul trou est la Tête de Moine du Jura, forte et noisetée, qui est coupée en copeaux dans un mouvement circulaire avec un outil spécial appelé girolle (un cadeau parfait à ramener avec vous ; vous pouvez le trouver dans les supermarchés).

L’Etivaz est également unique. Selon une ancienne tradition alpine, il est fabriqué uniquement dans les hauts pâturages d’été des Alpes vaudoises (dans le canton de Vaud). Pendant que les vaches paissent à l’extérieur, les bergers font chauffer le lait du matin dans un chaudron de cuivre typique sur un feu de bois dans leurs chalets d’alpage séculaires. Ce produit saisonnier, bénéficiant d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), ne peut être fabriqué qu’entre mai et début octobre avec du lait de vaches ayant pâturé en montagne et à une altitude comprise entre 1000 et 2000m.

Bien sûr, ce n’est pas le seul fromage fabriqué en haute altitude et selon des méthodes traditionnelles ; lorsque vous traversez le Valais, les Alpes bernoises, le Tessin et d’autres régions rurales en été, recherchez les panneaux indiquant des fermes isolées où l’on fabrique et vend du fromage d’alpage (hobelkäse en allemand, formaggio d’Alpe en italien).

À la frontière avec l’Italie, le Zincarlìn est une sorte de fromage blanc en forme de coupe.
Un véritable festin : fondue et raclette

La principale contribution française à la cuisine suisse est la fondue (du verbe français fondre), une casserole de fromage fondu collant, placée au centre de la table et maintenue au chaud pendant que les convives y plongent des morceaux de pain rassis sur de longs bâtons. Quiconque perd son pain dans le fromage doit payer la prochaine tournée de boissons ou, s’il est à Genève, il sera jeté dans le lac. Il est traditionnel de manger ce plat en hiver (les Suisses ne le mangent que lorsqu’il y a de la neige), contrairement aux touristes qui aiment le vélo électrique en toutes saisons.

La fondue suisse classique est un mélange à parts égales d’emmental et de gruyère, râpés et mélangés avec du vin blanc et un peu de kirsch (eau-de-vie de cerises), et légèrement épaissis avec de la farine de pommes de terre ou de maïs. Il est servi avec un panier de croûtons et presque tout le monde demande un accompagnement de saucisses et de cornichons. La fondue moitié moitié mélange le gruyère et le vacherin de Fribourg, et la fondue savoyarde contient à parts égales du comté, du beaufort et de l’emmental. Dans les variantes les plus courantes, des ingrédients tels que des champignons ou des tomates sont ajoutés.

La raclette est l’autre spécialité fromagère de la Suisse, un régal en soi. La raclette – qui est à la fois le nom du plat et du fromage – se consomme toute l’année. Un morceau de fromage est vissé dans un appareil spécial qui fait fondre le dessus plat. Lorsqu’il fond, le fromage est placé sur des plateaux pour être consommé immédiatement avec des pommes de terre bouillies, des saucisses et des oignons nouveaux ou des cornichons marinés.

Si vous parlez à un Valaisan, il vous expliquera la différence entre le fromage à raclette, fabriqué industriellement à partir de lait pasteurisé partout en Suisse, et la raclette du Valais, fabriquée en Valais à partir de lait cru depuis le XVIe siècle. En 2007, la raclette du Valais – toujours d’un diamètre de 29 à 31 cm et d’un poids de 4,8 à 5,2 kg – a obtenu sa propre appellation d’origine, au grand dam des producteurs des autres cantons, qui ont fait valoir, en vain, que le mot raclette (du verbe français racler, « gratter ») désigne le plat, et non le fromage, et ne devrait pas être limité à une région.


Steaks tendres et gibier en automne : la viande

La quintessence du déjeuner suisse est un plateau de bœuf séché, un véritable délice des Grisons qui est fumé, finement tranché et servi comme viande des Grisons. Il se déguste seul ou dans des Capuns, un ragoût composé de pâte Spätzli avec du bœuf séché, du jambon et des herbes, qui est coupé en petits morceaux, enveloppé dans des épinards et mélangé à d’autres Spätzli (un croisement germanique entre des pâtes et des boulettes). Les mêmes fines tranches de viande séchée sont servies comme tapa dans le Val d’Hérens, une vallée valaisanne merveilleusement isolée et fertile où paissent les vaches noires d’Hérens et où les gourmets locaux préparent un steak de bœuf d’Hérens tendre, servi de toutes les manières imaginables. Les restaurants Au Vieux Mazot à Evolène et Au Cheval Blanc à Sion sont deux endroits simples mais superbes pour goûter cette viande locale.

En allant vers l’est, les Würste (saucisses) occupent le devant de la scène au déjeuner. Ils sont généralement servis avec le plat vedette suisse-allemand : le rösti (bien qu’il ne contienne ni œufs ni oignons, il rappelle l’omelette, mais est beaucoup plus compact, car il est frit dans une poêle), parfois garni d’un œuf au plat. En Suisse romande, il est frit dans l’huile, tandis que les Suisses allemands utilisent du beurre ou du saindoux. C’est un plat courant et bon marché, mais il faut le goûter dans les authentiques restaurants de montagne ; les versions sous vide vendues dans les supermarchés ne sont pas comparables. Frite à point, souvent dans un four à bois, la pomme de terre hachée est mélangée à des champignons de saison et à des morceaux de lard pour créer un déjeuner parfait, accompagné seulement d’une simple salade verte.

La viande de veau est très appréciée et servie en tranches fines et trempée dans une sauce crémeuse à Zurich : geschnetzeltes Kalbsfleisch. La viande de cheval est également populaire. Deux saucisses suisses sont suffisamment rares pour figurer sur la liste des aliments menacés du monde établie par Slow Food (www.slowfoodfoundation.com). Il s’agit du sac (fabriqué à partir d’épices, de viande, de foie et de saindoux et séché pendant 12 mois) et du fidighèla (le saucisson droit est enveloppé dans des boyaux de veau, le saucisson courbe dans des intestins de porc et séché pendant 2 à 3 semaines).

Pour les vrais amateurs de viande, la meilleure saison est l’automne, lorsque les restaurants préparent des plats de gibier sauvage. La venaison et le sanglier sont très populaires.


Au bord du lac : poissons

Le poisson est la spécialité des villages lacustres. Les filets de perche (perche en français) et les filets de vendace (féra) sont très courants, mais ne pensez pas que tous les filets de perche annoncés sur les panneaux de tous les restaurants du lac Léman proviennent du lac ; la plupart de ceux qui sont cuisinés sur ses rives, y compris à Genève, proviennent congelés d’Europe de l’Est.

L’automne, avec son gibier frais, l’abondance de champignons sauvages, de châtaignes et de raisins, est une saison pour les gourmets en Suisse. Engraissé pendant l’été, le cochon familial – qui était autrefois abattu le jour de la Saint-Martin (11 novembre) pour marquer la fin des travaux des champs et le début de l’hiver – est prêt pour le boucher. Pendant des siècles, après l’abattage, la viande était salée et on fabriquait des saucisses. Une fois la tâche terminée, les gens ont célébré avec joie le grand effort de la journée. Le plat principal du festin : le porc.

Dans le Jura francophone, la tradition festive associée à la Fête de la Saint Martin est vécue avec une énergie et un enthousiasme particuliers à Porrentruy. Les bars et restaurants locaux organisent des fêtes plusieurs week-ends de suite en octobre et novembre. Une fête du porc typique se compose d’une série de sept plats copieux : vous pouvez commencer par une gelée de ménage, une gelée de porc. Viennent ensuite le boudin, la purée de pommes et les racines rouges et des montagnes de saucisses accompagnées de rösti et d’atriaux (un mélange de graisse de porc, de saucisses et de foie frit dans une graisse très chaude). Vient ensuite le plat principal, avec rôti, côtines et doucette (rôti de porc, côtelettes et salade verte). Pour aider à digérer, il arrive qu’un sorbet à la liqueur vienne ensuite, suivi d’une portion de choucroute (choucroute aux lardons). Enfin, le dessert traditionnel est servi, quelque chose comme des striflate en sauce de vanille (beignets frits en sauce de vanille).

À Berne et dans les environs, le rippli (un ragoût de côtes de porc mijotées avec du lard, des pommes de terre et des haricots) est un plat à base de porc que l’on déguste toute l’année. Dans le canton de Vaud, on trouve le papet vaudois (un ragoût de pommes de terre, de poireaux, de choux et de saucisses) et le taillé aux greubons (une sorte de pâtisserie farcie de cubes de porc). En Engadine, les saucisses sont rôties avec des oignons et des pommes de terre pour faire du pian di pigna.


Des desserts fabuleux : fruits, bonbons et chocolat

Les Suisses sont très intelligents : ils ne se contentent pas de manger les abricots, les prunes, les poires et les mûres sucrées du Valais, qui couvrent leurs vergers de belles fleurs blanches en avril et mai. Ils font également sécher, conserver et distiller leurs fruits abondants pour créer des eaux-de-vie fortes, des compotes d’hiver et des sirops aussi épais que du miel, à cuisiner ou à tartiner sur du pain.

L’eau-de-vie de Berudge est fabriquée à partir de prunes de Berudge cultivées sur les pentes du Mont Vully dans le canton de Fribourg, et les cerises des environs de Bâle finissent dans le sirop dense de Chriesimues et de kirsch doux – l’ingrédient qui donne à l’exquise Zuger Kirschtorte de Zoug (tarte aux cerises faite de pâte, de biscuit, de pâte d’amande et de crème au beurre, le tout arrosé d’eau-de-vie de cerise) cette touche spéciale. Le véritable kirsch suisse est de plus en plus difficile à trouver, car les agriculteurs remplacent les anciennes variétés de cerises par des équivalents modernes moins aromatiques. Le jus de pomme ou de poire est mijoté pendant 24 heures pour obtenir le vin cuit (un concentré épais utilisé dans les gâteaux et autres desserts à base de fruits) de Fribourg et la raisinée de Vaud ; la Buttemoscht est un équivalent moins courant fabriqué à partir des fruits de l’églantier ou du rosier sauvage.

La poire Botzi cultivée autour de Gruyères est si délicieuse qu’elle a sa propre appellation d’origine. Il peut être consommé tel quel ou accompagné de crème de Gruyères, une crème très dense, qui se mange généralement à la cuillère et accompagnée de meringues très sucrées. Les cuisses de dame sont de longs beignets frits au sucre, que l’on trouve dans les cantons romands avec les amandines. Outre l’omniprésente Apfelstrudel (tarte aux pommes), généralement servie avec une sauce liquide à la vanille, dans les cantons germanophones, on cuisine des Vermicelles, une invention à base de crème de marrons qui rappelle vaguement les spaghettis.

Et puis, bien sûr, il y a le chocolat…